“Le monde sait investir dans la guerre. Il le fait vite, massivement,
sans jamais manquer de budget. Un char coûte plus cher qu’un hôpital. Un missile, plus cher qu’une école. Et pourtant, chaque année, on trouve l’argent pour l’un, jamais assez pour l’autre.
Investir pour la guerre, c’est un investissement qui détruit sa propre matière première : la vie humaine. On finance des armes qui tueront les enfants qu’on aurait pu vacciner avec le même argent. C’est un rendement négatif, calculé en cercueils.
Investir pour la paix, c’est l’inverse exact. C’est un puits creusé à Gaza plutôt qu’un check-point de plus. C’est une infirmière formée en Ukraine plutôt qu’un soldat de plus sur le front. C’est un centre de santé reconstruit en Syrie plutôt qu’un bâtiment rasé de plus. Le même argent, la direction inverse.
J’ai vu les deux économies fonctionner côte à côte, sur les mêmes terrains. L’économie de guerre est rapide, spectaculaire, elle fait la une. L’économie de paix est lente, patiente, silencieuse — elle ne fait jamais la une, elle sauve simplement des vies, une par une, sans bruit.
Investir dans la guerre, c’est parier sur la peur : plus on arme, plus on doit s’armer, dans une spirale sans fin. Investir dans la paix, c’est parier sur la confiance : plus on soigne, plus on éduque, moins la haine trouve où s’enraciner.
Le droit international humanitaire lui-même est un investissement de paix : protéger l’hôpital, l’ambulance, le civil, ce n’est pas de la faiblesse, c’est la seule digue qui empêche la guerre totale. Chaque fois qu’on le viole, on désinvestit de l’humanité entière.
Quand on est sur le bon chemin de sa vie, chaque acte devient une graine. Le chemin se fait sillon. Et les graines, un jour, fleurissent. La guerre, elle, ne sème rien — elle brûle les champs.
Investir pour la paix, c’est choisir ce qui pousse contre ce qui détruit.
Et aujourd’hui, j’ai un rêve.
Le rêve que 1 % seulement du budget de la Défense soit consacré à
l’éducation à la paix.
En France, en 2025, ce 1 % aurait représenté 505 millions d’euros.
Cinq cent cinq millions pour apprendre aux enfants que l’autre, dans sa différence, n’est pas une menace. Cinq cent cinq millions pour enseigner le dialogue, l’écoute, la connaissance des cultures et des religions, le respect de la dignité humaine et la résolution non violente des conflits.
Car la paix ne commence pas lorsque les armes se taisent. Elle commence bien avant, dans une salle de classe, au sein d’une famille, dans la rencontre avec celui qui ne nous ressemble pas. Elle naît lorsque nous comprenons que l’altérité ne diminue pas notre identité, mais qu’elle l’enrichit et l’ouvre à l’universel.
Investir pour la paix, c’est aussi investir dans le développement. Il ne peut exister de paix durable là où règnent la faim, l’injustice, l’humiliation, l’absence de soins et l’impossibilité, pour la jeunesse, d’espérer un avenir. Chaque école construite, chaque enfant instruit, chaque malade soigné et chaque dignité restaurée éloignent un peu la violence.
La paix possède également une dimension spirituelle. Elle commence au plus profond de l’être humain, dans ce lieu intérieur où chacun choisit d’accueillir l’autre plutôt que de le rejeter, de lui parler plutôt que de l’affronter, de reconnaître son humanité plutôt que de l’effacer.
Le XXIᵉ siècle doit être celui de la conciliation et non de la confrontation. Concilier ne signifie pas renoncer à la justice ni accepter l’inacceptable. Concilier, c’est empêcher que nos différences deviennent des frontières, puis des murs, et finalement des champs de bataille.
La paix n’est pas une faiblesse. Elle exige le courage du dialogue, la force du pardon et la volonté de construire un avenir commun.
Alors oui, j’ai un rêve : que nous consacrions une part des moyens destinés à préparer la guerre à apprendre la paix.
Un pour cent.
Cinq cent cinq millions d’euros pour commencer à changer le monde.”
Raphaël Pitti Président de HuSoMe

