Témoignage bouleversant d'Alep : Crimes humanitaires

Un témoignage poignant depuis Alep

Au cœur de la guerre en Syrie, la ville d’Alep s’est transformée en piège mortel pour 250 000 civils, dont 100 000 enfants. Sous les bombardements incessants de l’aviation syrienne et russe, les hôpitaux sont devenus des cibles prioritaires. Les ambulances manquent de carburant, les équipes médicales sont elles-mêmes prises pour cible. C’est dans ce chaos que le Dr Raphaël Pitti, médecin urgentiste et ancien militaire, a décidé de s’engager.

Il livre son témoignage dans l’émission Le Gros Journal, où il raconte l’horreur qu’il a vécue et dénonce les violations du droit humanitaire.

Quand la conscience parle plus fort que la peur

Tout commence lorsqu’il entend à la radio le témoignage d’un médecin franco-syrien expliquant que les soignants sont arrêtés, torturés ou tués simplement pour avoir soigné des blessés. Indigné, Raphaël Pitti contacte une ONG et part en 2012 pour la Syrie.

Dans un petit hôpital de Dana, à 40 km d’Alep, il vit l’horreur des frappes ciblées sur les structures médicales. Après avoir évacué les blessés, l’établissement est rendu inutilisable.

Pourquoi risquer sa vie ?

Pour ce médecin croyant, suivre sa conscience est un devoir : aller là où l’on a besoin de lui, malgré les dangers. Il ne répond pas à un impératif politique, mais à une nécessité profondément humaine.

« Il y va de mon humanité d’aller les aider. »

Une guerre fabriquée par des alliances cyniques

Raphaël Pitti dénonce aussi la responsabilité des pays occidentaux dans le chaos syrien. D’après lui, le soutien initial à la révolution syrienne a été abandonné lorsque celle-ci est devenue longue et coûteuse. L’Arabie Saoudite et le Qatar, sollicités pour soutenir les rebelles, ont financé des groupes islamistes. Résultat : des groupes comme Al-Nosra ou Daesh ont émergé.

« Nous avons nous-mêmes créé cette situation. »

Quant à Daesh, il estime que le groupe est une émanation du régime d’Assad, instrumentalisé pour justifier les répressions.

La France n’est pas en guerre, mais doit être prête

Contrairement à ce que certains discours laissent entendre, la France n’est pas en guerre. Toutefois, l’urgence de la formation aux « gestes qui sauvent » est bien réelle :

  • Utilisation d’un garrot

  • Mise en position latérale de sécurité

  • Réanimation simple en cas d’hémorragie

Des gestes simples mais vitaux, qui peuvent sauver des vies dans les premières minutes critiques.

Les dilemmes moraux d’un médecin de guerre

Raphaël Pitti évoque aussi la souffrance éthique liée aux décisions de triage : choisir qui peut être sauvé, et qui ne le sera pas. Il partage un souvenir marquant : celui d’une fillette mourante à Djibouti qu’il n’a pas pu sauver, faute de moyens et de temps.

« Elle est toujours là, avec moi. Et je me demande : aurait-on pu essayer ? »

Attaquer un hôpital : un crime contre l’humanité

Pour lui, bombarder un hôpital, tuer des médecins, ce n’est pas seulement un crime de guerre, c’est un crime contre l’humanité. À Alep, 10 hôpitaux clandestins ont été ciblés ; il n’en reste qu’un seul. Les chirurgiens vasculaires ont disparu, les médicaments manquent, les amputations sont la seule option.

« On est en train de tuer toute une population, sous le regard hypocrite de l’Occident et des pays arabes. »

Ce qu’il faut retenir

  • Alep est le symbole d’une catastrophe humanitaire planifiée, avec des hôpitaux pris pour cible.

  • Le Dr Raphaël Pitti incarne la médecine de guerre engagée, lucide, profondément humaine.

  • Il appelle à la responsabilité collective, au réveil des consciences, et à la reconnaissance des crimes commis contre les civils.

  • Son témoignage, loin des débats politiques, est celui d’un homme qui sauve, quitte à ne plus dormir tranquille.