Un médecin humanitaire face à l’indicible
Le Dr Raphaël Pitti, médecin humanitaire, professeur de médecine et ancien médecin militaire, revient d’une mission de 15 jours dans la bande de Gaza. Invité par Jean-Jacques Bourdin sur Sud Radio, il livre un témoignage saisissant sur la situation sur le terrain. De retour le 6 février 2024, il raconte les conditions de vie dramatiques des civils, la saturation des hôpitaux, et l’impossibilité de respecter les principes de médecine humanitaire.
L’entrée difficile à Gaza : un combat politique et humanitaire
Malgré sa volonté de partir dès octobre 2023, le Dr Pitti n’a pu pénétrer dans Gaza qu’en février 2024, grâce à une mission médicale américaine ayant obtenu les autorisations d’Israël et de l’Égypte. Aucune ONG internationale n’était autorisée à entrer jusqu’alors, une situation dénoncée par un collectif inédit de 15 grandes ONG comme Médecins Sans Frontières, Médecins du Monde ou Oxfam.
L’hôpital européen de Khan Younès : un symbole du chaos
Durant sa mission, Raphaël Pitti a été basé à l’hôpital européen de Khan Younès, construit par l’Union européenne. Cet établissement de 400 lits accueille plus de 900 patients, et est encerclé par 25 000 déplacés vivant dans des abris de fortune. Les couloirs sont envahis de familles réfugiées, des draps suspendus aux plafonds servent de cloisons, et les malades graves côtoient les mourants, parfois sans sédation ni morphine.
Une médecine de guerre : amputations et triage de la mort
Face à l’afflux massif de blessés, souvent touchés à la tête par des snipers ou souffrant de blessures liées aux bombardements, l’équipe médicale se voit contrainte d’amputer rapidement ou de laisser mourir les cas les plus graves. Faute de moyens, il est impossible de stabiliser les patients avant transfert : tout est fait sur place, dans l’urgence. Les patients en fin de vie sont abandonnés sans sédation, faute de morphine.
« J’ai vu des blessés crâniens laissés à mourir sans soins palliatifs. C’est la première fois que je vois ça en 30 ans de missions humanitaires. »
La population en survie : bidonvilles, faim, émeutes
Autour des hôpitaux, 1,3 million de réfugiés vivent dans des conditions indignes : abris de fortune, insalubrité, manque d’eau, files d’attente pour du pain ou de la farine, et flambée des prix. L’aide humanitaire, bien qu’existante, est insuffisante et difficilement accessible. La moindre dispute dégénère en émeute, preuve d’un climat de tension extrême.
Un parallèle bouleversant : « On se croirait dans le ghetto de Varsovie »
La description faite par le médecin évoque une image saisissante : celle du ghetto de Varsovie, avec ses populations affamées, désœuvrées, privées de dignité. Le risque d’une attaque de Rafa serait, selon lui, synonyme de catastrophe humanitaire totale.
« S’ils bombardent Rafa, on peut parler d’un massacre programmé. »
Un cri d’alerte à la communauté internationale
Raphaël Pitti interpelle directement le président Emmanuel Macron et la diplomatie française. Il appelle à une prise de position humanitaire claire, fondée sur les valeurs des droits de l’Homme.
« Il y a pire que de tuer, c’est de supprimer la dignité des personnes. »
Conclusion : un devoir de mémoire et d’action
Le témoignage du Dr Pitti révèle l’ampleur du drame humanitaire en cours à Gaza. Plus qu’un récit, c’est un appel à réagir, documenter, intervenir. À travers cette mission, il rappelle que la neutralité humanitaire n’exclut pas la parole éthique face à l’indicible.

