Un engagement humanitaire né d’une urgence éthique
Ancien médecin militaire et aujourd’hui médecin humanitaire, Raphaël Pitti, invité de l’émission Paris Direct sur France 24, s’est rendu une vingtaine de fois en Syrie, souvent clandestinement. Ce n’est pas le hasard qui l’a conduit sur ces terres meurtries, mais une prise de conscience profonde, survenue un matin de 2012 en écoutant le témoignage d’un confrère syrien : « En Syrie, les soignants sont tués pour avoir soigné. »
« Tuer un soignant, c’est s’en prendre à notre humanité. »
Face à ces violations des principes fondamentaux de la médecine, le docteur Pitti a ressenti l’impérieuse nécessité d’agir, non seulement en soignant, mais surtout en formant les soignants locaux.
Enseigner la médecine de guerre au cœur du chaos
Dès son premier séjour, Raphaël Pitti constate l’ampleur du désarroi dans les hôpitaux de campagne : des médecins syriens confrontés à des scènes de guerre sans préparation, incapables de trier les blessés, de pratiquer les gestes de damage control ou de répondre aux situations de catastrophe.
Avec l’Union des Organisations de Secours et de Soins Médicaux (UOSSM), il met sur pied un centre de formation en Syrie, pour transmettre les bases de la médecine d’urgence et de guerre.
Une pédagogie adaptée à l’extrême
Formations intensives sur 3 jours pour soignants.
Techniques spécifiques : triage, gestion hémorragique, chirurgie de guerre.
Cours sur les menaces chimiques.
Création d’un cycle autonome : former les formateurs.
Aujourd’hui, ce sont plus de 12 000 soignants syriens qui ont été formés grâce à ce réseau.
Des hôpitaux ciblés, des médecins traqués
Le conflit syrien se distingue par une forme de violence inédite : le ciblage systématique des structures de soin. Contraints de fuir les bâtiments traditionnels, les soignants s’organisent dans des sous-sols clandestins, eux-mêmes visés par des bombes anti-bunker russes.
« Jamais dans l’histoire moderne, des hôpitaux n’ont été ainsi visés de manière délibérée. »
Ce climat de terreur vise à rendre toute vie impossible en dehors des zones contrôlées par le régime.
L’arme chimique comme outil stratégique
Le docteur Pitti a été parmi les premiers en France à alerter sur l’utilisation d’armes chimiques en Syrie. Contrairement à l’idée d’armes de destruction massive, le régime syrien a utilisé des substances comme le chlore ou le napalm à petites doses pour déterrer les combattants dans les zones urbaines.
Attaques par grenades chimiques ou obus.
187 cas documentés d’attaque au chlore depuis 2015.
L’objectif : briser toute résistance rebelle et terroriser la population.
Grâce à un réseau médical solide sur le terrain, l’équipe de Raphaël Pitti documente ces attaques : rapports médicaux, vidéos, données sur les symptômes, permettant de constituer des preuves fiables.
Une guerre oubliée, un combat intérieur
Le médecin humanitaire avoue que la Syrie l’a marqué plus que tous les autres terrains de guerre : Balkans, Afrique, Irak… Aucun ne lui a laissé une telle impression de solitude et d’abandon.
« Il aurait suffi de si peu pour sauver tant de vies… »
Ce décalage entre l’opulence des moyens en France et la précarité extrême des soins en Syrie l’a profondément bouleversé, au point de quitter son poste hospitalier en France pour se consacrer entièrement à l’humanitaire.
Une foi chevillée à l’espérance
Catholique pratiquant, Raphaël Pitti affirme que sa foi n’a pas été ébranlée, malgré l’horreur vue sur le terrain. Bien au contraire, c’est dans l’espérance en l’homme, dans sa capacité à se transcender pour les autres, qu’il trouve la force de continuer.
« L’image du Christ qui donne sa vie pour les autres est pour moi l’exemple ultime. »
Un témoignage puissant pour ne pas oublier
Dans son dernier livre, Va où l’humanité te porte (Éditions Tallandier), le professeur Pitti partage son parcours, ses doutes, ses engagements, mais surtout sa conviction inébranlable que la médecine est un acte de résistance et d’humanité.

